Grève des terrassiers – rue du Four

Auteur : Pierre Etmons

1898 / 2020

Bouger le curseur

( Pour cause de confinement j’utilise une image Google Steet View en 2020 )

Sur cette photographie d’octobre 1898 on aperçoit le chantier d’un immeuble en construction au 20 de la rue du Four. On ne voit pas d’ouvriers sur le chantier mais plusieurs militaires armés à l’extérieur et à l’intérieur du bâtiment. Les parisiens d’aujourd’hui, se plaignent de la multitude de chantiers en cours dans la capitale. Mais c’était déjà le cas en 1898. Il y avait entre autre :

  • Les travaux pour l’Exposition universelle de 1900 , dont le pont Alexandre III
  • Les travaux du Métropolitain et les déplacements d’égouts qu’ils nécessitaient
  • Les travaux de prolongement des gares d’Orléans et de l’Ouest
  • La constructions de maisons de rapport et de grands hôtels édifiés en vue de l’Exposition de 1900.

Voici un extrait d’un livre qui décrit cette situation (page 142) :

Titre : L’invention des syndicalismes. – Le syndicalisme en Europe occidentale à la fin du 19e siècle
Auteurs : Friedhelm Boll, Collectif, Jean-Louis Robert, Antoine Prost
Editeur : Publications de la Sorbonne 1997
Lien : books.google.fr

Dix ans plus tard, en 1898, ce sont de nouveau les terrassiers qui furent à l’origine de la grève générale du bâtiment, qui s’acheva par une tentative de grève générale interprofessionnelle. En 1898, Paris était un immense chantier, avec la construction du métropolitain et les travaux en vue de l’exposition universelle de 1900. La capitale concentrait alors un nombre de terrassiers encore bien plus élevé qu’à l’habitude. Au début du mois de septembre, les terrassiers affirmèrent leur volonté de voir appliquée la Série des Prix de 1882, qui, bien que rendue obligatoire pour les travaux en adjudication de la ville de Paris, n’avait jamais été acceptée par les patrons, qui, en fait, appliquaient les prix de la Série de 1880.  Pour éviter tout recours de leurs ouvriers devant les prud’hommes, les employeurs  les obligeaient, au moment de l’embauche, à signer un contrat stipulant l’acceptation d’un salaire inférieur  à la Série des Prix de 1882.
Devant le refus des patrons d’accéder à leur demande , le 13 septembre 1898, 2000 terrassiers cessèrent le travail. Le mouvement s’étendit peu à peu à l’ensemble des corporations du bâtiment, à l’exception notable des charpentiers. Le 20 septembre, les grévistes soumirent le conflit à l’appréciation du Conseil municipal, présidé par le socialiste Auguste Navarre, et, le lendemain, une délégation ouvrière fut reçue par le bureau du Conseil, qui lui promit son concours. Le 22 septembre, une délégation de trois syndicats patronaux fut reçue à son tour à l’Hôtel de ville. Le lendemain, les patrons refusèrent les propositions formulées par le Conseil municipal, qui apporta peu après son soutien financier aux grévistes. Au début du mois d’octobre, pour débloquer le conflit, le Conseil municipal décida, à partir du 10 de ce mois, la mise en régie des travaux de terrassement. Ainsi menacés de se voir dépossédés d’importants chantiers, le 11 octobre, les patrons s’inclinèrent et annoncèrent consentir à payer le tarif à leurs ouvriers. Le 17 octobre, le travail avait repris sur les chantiers de terrassement, et presque toutes les corporations du bâtiment qui s’étaient mises en gréve cessèrent également leur mouvement. Mais sur la plupart des chantiers où les travaux n’étaient pas effectués pour le compte de la Ville, les terrassiers acceptèrent de recevoir une rémunération inférieure au tarif. De ce point de vue, la grève ne fut donc guère un succès. …/…

Autre source à ce sujet : La Grève du bâtiment- Wikisource

Ci-dessous une autre vue du cabaret situé à gauche.

Eugène Atget – 1903 – Cabaret coin rue du Four et rue des Ciseaux – Source Paris Musées Collection